LACHER PRISE
Lâcher prise est au pire une injonction, au mieux un projet. En tout cas, une action. Le lâcher-prise, demande d'agir pour faire cesser un comportement jugé inadapté, voire indésirable... et pourtant "choisi". Le moment est venu de revisiter le choix de cette prise à laquelle nous sommes agrippés.
Dans lâcher-prise, il y a prise.
Une prise de courant permet à un appareil de fonctionner. Une prise d'alpiniste permet de progresser. Une bonne prise pour un déménageur lui permet de porter son meuble. Quant au pêcheur il parle d'une belle prise.
On voit ici combien la prise est souhaitable, voire utile. Il n'y a aucun intérêt à lâcher prise. Il est même judicieux de tenir bon, surtout quand on pense à notre alpiniste intérieur, agrippé à sa paroi escarpée, à qui on dit "lâchez prise". En même temps, lâcher prise, c'est si facile: il suffit d'ouvrir la main. Est-on prêt à payer le prix (un chute? la mort?). Le "il faut que je lâche prise", le "je veux lâcher prise " devient alors "Je ne suis pas fou: je ne vais pas lâcher prise. JE NE LE VEUX PAS"
On comprend alors que ce fameux lâcher prise soit si difficile à atteindre! ( surtout dans un monde où il faut à la fois lâcher-prise et tenir bon)
Dans ces exemples caricaturaux ci-dessus, la "prise" sur laquelle on s'appuie est parfaitement définie. On y tient, et on sait pourquoi. Lâcher prise ici reviendrait, pour le pêcheur, à rentrer bredouille,; pour l'alpiniste à dévisser! Ce lâcher prise là n'est évidemment. Pas souhaitable?
L'injonction du lâcher prise nous conduirait-elle à "jouer contre notre camp"? (le pêcheur a envie de poissons; l'alpiniste a envie de sommets)
Et si, nous nous foutions la paix (comme dirait F Midal). Et si au lieu d'être lâcheur, nous devenions partie prenante. Si au lieu de tenter de dissoudre ce "problème" nous allions examiner cette prise?
Tout d'abord, à qui tenons-nous? Saurions-nous examiner, comme un observateur extérieur, cette prise si difficile à lâcher? De quoi est-elle faite?
Rappelons-nous que l'alpiniste choisit une prise solide pour progresser.
Et nous, quelle prise avons nous choisi? En quoi est-il si important pour nous de tenir (à) cette prise? Hors de tout jugement, que nous permet elle? Y aurait-il quelque part une justesse, aujourd'hui invisible, qui nous donne l'énergie de nous accrocher si fortement?
Dans cette prise qu'on ne lâche pas, il y a souvent du connu.
Regardons à quoi nous tenons tant. De quelles croyances, de quels "il faut", "tu dois" est-elle constituée? Quels interdits ("tu ne peux pas..."), quelle évidences (" ça ne se fait pas", "Normalement, on ...") lui donnent ce goût si particulier?. Quelles craintes ("si tu fais ceci, alors vois ce qui va se passer"), quelles fidélités inaliénables la cimentent?
Il ne s'agit pas de juger; juste de regarder.
Et pourquoi tenir cette prise serait un problème?
A l'évidence, la tenir n'a plus la pertinence requise. Elle devient un frein. Aurions nous envie d'aller de l'avant? Aurions-nous justement envie de la lâcher, sans nous en donner complètement la possibilité?
Se raccrocher au connu n'est pas toujours le plus adapté pour aller de l'avant; il n'est même pas forcément très confortable. Il est souvent plus rassurant et plus confortable que l'inconnu qui s'ouvre devant nous.
Pour un instant, renversons la perspective. Et si nous étions sous l'emprise du connu? Et si c'était lui que ne voulait pas nous lâcher. Et si notre élan vital nous poussait à découvrir de nouveaux territoires, par définition inconnus. Poursuivons le renversement: chaque pas que je fais dans l'inconnu le transforme en un connu nouveau. Comme un marcheur dans le nuit pour qui l'inconnu commence après la zone éclairée, et qui voit, à chaque pas, la limite de l'inconnu à la fois toujours présente, et à la fois reculer d'autant.
Pour l'alpiniste il est évident qu'il ne lâchera pas sa prise!!! Sauf pour une nouvelle qu'i a pu repérer. Auquel cas, il a absolument intérêt à lâcher l'ancienne s'il veut continuer sa route
Nous sommes pas cet alpiniste. L'idée du lâcher prise peut éveiller chez nous comme chez lui la peur de tomber. Si nous lâchions prise, risquerions nous de tomber? De tomber où?
Le moment où on sent qu'il faut "lâcher-prise" est peut-être le moment où il est temps de changer de cap.
Lâcher ce qui est là, de lâcher ce qui a probablement été un appui. Si nous lâchions prise, savons-nous bien quelle nouvelle situation nous rêverions pouvoir vivre (enfin)?
Le lâcher-prise est une action "négative": c'est dire "non" à quelque chose. Pourrions-nous en faire une action "positive"?: dire "oui" à ce qui a envie de se déployer...
Et quelles nouvelles prise aimerions-nous nous offrir?
Assez de prise de tête? Envie de lâcher prise, de se lâcher la grappe sans lâcher la rampe?
J'aurais plaisir à vous accompagner en séance individuelle sur ce chemin
avec les outils d'écoute profonde inspirés des travaux de Carl Rogers
contact[at]monheureamoi.fr
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